Et si prévenir voulait dire éduquer ?

Réflexions après le rejet de notre projet Supreniro (27 juin 2025)

Il y a quelques semaines, j’ai eu l’honneur d’être sollicitée pour déposer une note d’intention dans le cadre de l’appel à projets 2025 de « Prévention Suicide France ».

 Ce projet, que je porte depuis plusieurs années à travers l’association
 RD Supreniro, propose une approche pédagogique structurée pour initier dès l’enfance une culture de prévention du suicideUne approche éducative, laïque, citoyenne, construite autour de l’estime de soi, de la parole ouverte, de la capacité à demander de l’aide, pour soi ou autrui — bien en amont des premières idées suicidaires.
La réponse est tombée : la lettre d’intention n’a pas convaincu. Nous ne pourrons pas exposer notre projet. 
 👉Selon le comité, notre démarche relèverait d’une « sensibilisation générale à la santé mentale”, sans lien direct “établi avec la prévention du suicide”, et ne s’articulerait pas assez clairement avec les dispositifs de soins existants.
 
Je reçois ce retour avec respect — mais aussi avec la lucidité que m’apporte l’expérience de terrain.
 Ce projet n’est pas un écart flou de sensibilisation.
C’est une proposition de changement de paradigme.
 

La santé mentale est reconnue grande cause nationale 2025

Un paradigme dans lequel :

✅on cesse d’intervenir uniquement quand la souffrance est déclarée,
✅on accepte que la prévention se construise en amont de la crise, et non dans sa gestion,
✅on donne aux enfants, dès 7 ans, les clés de compréhension de leurs émotions, de leurs besoins, et des ressources pour rester vivants — intérieurement et socialement.

 Je comprends que cette approche dérange.
 Elle bouscule les modèles établis, où la prévention se mesure au taux de réponse des lignes d’urgence, aux protocoles de repérage, aux indicateurs de crise.
 Or ce que je propose avec Supreniro, c’est d’agir avant la courbe, dans ce moment silencieux où la détresse n’a pas encore de nom, mais déjà des racines.

 Oui, c’est difficile à mesurer.
 Oui, cela demande un pas de côté.
 Oui, cela remet en question certaines logiques d’intervention descendantes.

Mais c’est justement ce type d’audace qui manque à notre société.
 
Alors non, la lettre d’intention de Supreniro n’a pas été retenu.
 Mais Supreniro continue.
 Parce que je sais, et vous êtes nombreux·ses à me le confirmer, que ce type de démarche est non seulement nécessaire, mais inévitable à terme.
 Je l’écris ici pour en faire date :
Ce projet vit déjà. L’idée est dans l’air.
Et si un jour, une version édulcorée, institutionnelle, de cette prévention par anticipation voit le jour dans les circuits officiels… alors je serai heureuse d’avoir contribué à en porter la première étincelle.
 
Merci à toutes celles et ceux qui m’accompagnent, me soutiennent, me lisent.
 L’idée continue de marcher. Avec vous. Pour demain.
 🙏
 Isabelle Tintinger

 

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